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J’ai été porté disparu à l’âge de trois ans.

J’ai été porté disparu à l’âge de trois ans

J’avais hérité du tricycle rouge (plutôt rouille) que mes frères : Denis et Daniel, de 4 et 6 ans plus vieux que moi, avaient déjà enfourché, voir battu, plus qu’à son tour. Bref, après quelques couches de peinture en canne, Tremclad antirouille couleur rouge pompier, j’avais l’impression de monter une Ferrari Daytona 1971

(ou, pour les pointilleux, une 365 GTB/4). Vous allez vite vous rendre compte que j’aime les « chars ».

hot wheels

Mais ne mélangeons pas les catégories de mon blogue tout de suite, ça viendra bien assez tôt. On vivait au milieu d’un parc de maisons mobiles et, de me retrouver à 4 rues de ma maison, représentait pour moi l’autre bout du monde. Très vite j’ai voulu voir plus loin, savoir comment on vivait ailleurs.
Je roulais à .000002 km/heure pour me retrouver pratiquement dans un autre pays. Étant le 3e d’une famille de 3 gars, quand je partais à l’aventure, ma mère ne me laissait pas porter mes habits du dimanche. Faux velours noir, trop raide qui donne l’impression qu’on étouffe du col et de la ceinture, vous vous souvenez? C’était mon menu vestimentaire dominical. Mais pour l’épopée cycliste, je portais ce qui avait déjà été un kit A pour mon frère Daniel…transformé ensuite en kit B pour mon frère Denis et métamorphosé en kit C pour Bibi. Un kit pour aller se « scratcher » les genoux sur l’asphalte. Une fois que j’étais au loin, c’était l’aventure, la liberté, j’étais Don Quichotte! Mais une histoire est toujours aussi bonne que la qualité de son vilain.

Éviter la mort

Le gardien du quartier était un vieux bourru qui n’aimait pas vraiment les enfants. Moi, dans ma recherche de l’Eldorado, j’ai eu le malheur de fouler sa rue sur le dos de ma rutilante monture. Comme dans un western spaghetti de Sergio Leone le temps a ralenti.

disparu

 

 

 

On voyait passer les rouleaux de poussière, on pouvait très bien entendre le vent…et le son strident de ma roue d’en avant mal huilée.disparu

Tel un jeune bambi, j’approchais de mon prédateur candidement, comme si tout le monde-il-est-gentil.disparu

Arrivé devant sa maison, j’ai entendu un bruit de chaise berçante, je me suis tourné vers mon bourreau et je l’ai aperçu qui tenait sa chaise à bout de bras, feignant de me la casser sur le peu de dos que mon manque d’âge m’avait laissé. Pris de panique, j’ai abandonné ma Ferrari (à ne jamais faire les jeunes, au grand JAMAIS sous menaces de représailles italiennes. Pas de cannolis pour le dessert, basta!) et j’ai couru jusqu’à la maison. En me voyant sur le pâs de la porte, pris de panique, la première chose que ma mère a dit c’est : My god, j’pensais jamais qu’une face pouvait contenir autant de morve!

Après le nettoyage facial d’usage agrémenté de mes back vocals de sanglots en canon, ma mère me passa un interrogatoire serré. Et puis….Clic! Les fils se sont touchés.
Je n’avais, je n’ai et je n’aurai (ok, je sais que ça sonne Cabrel) vu ma mère dans cet état. Une lionne en manque de viande, une furie assoiffée d’hémoglobine, une diabétique dans un chocolat favori. Elle a fait le trajet chez-nous-chez-mon-bourreau en moins de temps à pieds qu’une véritable Ferrari Daytona 1971! Elle a eu la décence de ne pas entrer dans la maison de « Rockin’ chair Chucky ». Mais à la force de sa voix, j’ai cru voir des bardeaux de toit sortir de leur « socket ». Comme dans toutes les belles discussions de sourds ou de vieux couples, les deux se sont mis à parler en même temps, un par-dessus l’autre, sans s’écouter. Résultat? Le lendemain on déménageait. Je vous avais dit que j’aimais les voyages!

 

Dites-moi comment vous avez aimé. Je veux m’améliorer. En échange, je vous donne un indice de mon prochain « post »:

J’ai vu son p’tit Témis!

Témis

…et j’ai failli y laisser ma peau.

 

Crédit photo à la une : Sebastian Pichler Unsplash

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