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Memphis, Tennessee, Elvis… It’s now or never…

Memphis

Memphis 

Notre périple à Memphis commence à l’aéroport de Nashville, au Green Beans Coffee Shop. La serveuse, la somptueuse Maaaaandy me donne du « honey » à la fin de chaque phrase, qu’elle me lance du haut de son accent qui sent le foin. Avec la musique country en trame de fond, disons que ça donne le ton. Surprise! mon café ne goûte pas pantoute le miel.Memphis

Deuxième surprise, la préposée qui nous donne les clés de notre voiture de location n’arbore pas le chapeau de cowboy, mais la burka. Et au tableau de bord de notre «rutilante» Altima, s’alternent les consignes : maintenance tires, maintenance oil and filter…pas si sur qu’on va se rendre jusqu’au bungalow du King à Memphis!

D’ailleurs, quelques Québécois, dont je tairai les noms pour sauver leur réputation, nous avaient lancé : ah! ça prend deux heures de Nashville à Memphis!

Euh! non. Ça prend trois heures et demie, si tu te gardes un moment de soulagement pour évacuer le fruit du labeur de «honey» Maaaaaaaaaandy.

Comme notre temps est compté, on a quand même sept heures de bitume à se mettre en arrière de la cravate et du volant. Aussitôt arrivés dans la ville où le Rock’n’roll a été inventé, on se «garroche» au Sun Studio.

Sun Studio, Memphis

Le Sun Studio est un ancien restaurant, devenu l’endroit mythique qu’il est grâce à de gros noms du Rock’n’roll, du Blues et du Country, mais aussi grâce à son fondateur Sam Phillips.

Memphis


Le gars commence à la radio comme producteur d’émissions. Il approfondit ses connaissances comme ingénieur du son. Il lance ensuite, le «Memphis Recording Service». Un studio mobile qui permet d’enregistrer n’importe où, n’importe quoi. C’est le cas de le dire, il avait même enregistré le mariage d’un voisin sur disque. Pas besoin de vous dire qu’on n’a pas vu ça en tête du Top 100 du Billboard.Memphis

Puis lui vient l’idée du Sun Studio. C’est en 1951 qu’il enregistre le premier «single» du nouveau label. Grâce à notre superbe guide, Lhana (qui est musicienne) on apprend plein de trucs dont le fait que Ike et Tina Turner avaient eu un accident de voiture alors qu’ils venaient pour enregistrer un 45 tours. MemphisLeur amplificateur avait fait un voyage plané vers le champ et le haut-parleur s’était détaché de sa boite. Une fois au Sun Studio, Ike a placé du papier journal dans le trou de l’ampli pour faire tenir le haut-parleur. Une fois qu’il s’est mis à jouer, ça donnait un nouveau son. Sam Phillips lui a demandé de monter le volume encore un peu. Ce fut la naissance de la distorsion. On se penche sur les débuts d’Elvis. Il a talonné Sam Phillips pendant un an pour avoir la chance d’enregistrer pour vrai avec lui. Premier essai, deux balades mielleuses. Phillips n’était pas impressionné. Quelques mois plus tard, un autre 45 tours, ballades mielleuses encore… les poils de Phillips est rester collé sur ses bras. Presley voulait vraiment se faire « découvrir » par Phillips. MemphisUne journée de studio lui est donc accordée. Sam indique au futur King de jouer le plus de chansons possible. Rien n’avait impressionné le réalisateur jusqu’à ce que, sur le point de fermer boutique, Elvis se mette à jouer That’s all right en faisant le fou et en bougeant comme un déchainé. Sam Smith a lancé au chanteur et aux deux autres musiciens :

-Qu’est-ce que vous faites? 

-On ne le sait pas… n’importe quoi.

-Ouais, ben trouvez-vous un début pis moi j’enregistre ça dans la seconde!

Phillips avait trouvé le son qu’il recherchait tant.

Et notre guide Lhana enchaine les anecdotes à la douzaine. Ça implique tantôt Johnny Cash, tantôt Jerry Lee Lewis ou BB King…tous des « no name ».

À quelques rues de là, la manufacture de guitares Gibson nous attendait. Mon ami J-P avait espoir de trouver UNE guitare qu’il ne détenait pas encore. Pour un gars qui joue une heure par année, c’est un drôle de « business case ». On passe dans le magasin, pas le temps de faire la tournée de la manufacture, mais on aura quand même humé d’la guite un peu.

Memphis

Tout ça nous a donné faim! Y parait que tu ne peux pas passer à Memphis sans te commander une assiette de ribs. Avec son slogan « Put some south in your mouth », c’est le Blues City Cafe qui a charmé notre envie de gras et de fumé.Memphis

C’est tellement populaire qu’un hôte nous attend à l’extérieur. J’ai un peu fait le saut en le voyant se toucher la gorge pour me parler. C’est qu’il avait subi une trachéotomie. Très sympathique et avenant le gars, mais pas sûr que je l’aurais engagé comme animateur de foule à l’émission La Voix.

Au Blues City Cafe, y faut pas s’enfarger dans les fleurs du tapis, qui est absent de toute façon. Tu ramasses ton menu, tes ustensiles, tu t’assois pis t’attends que Lucille vienne te carter parce que t’as commandé une bière. C’est cool, ça donne un coup de jeune… Yo! Les tables sont juste assez usées pour que tu t’imagines que Johnny Cash pis ses potes ont jadis grugé de l’os ici. Les multiples photos sont là pour confirmer la chose. Est-ce que c’était les meilleures ribs de Memphis? J’en ai déjà mangé des meilleures et je n’étais même pas dans le coin. La prochaine fois, j’irai chez BB King en face, juste pour comparer. Y doit bien avoir là aussi une Lucille…Memphis

Memphis

Une particularité du Tennessee, peu importe ton âge, tu vas te faire carter avant l’achat de boisson. Mais une fois les portes du paradis ouvertes, tu peux apporter ta bière, ou autre produit divin, en pleine rue. Ce que nous fiiiiiiiment!Memphis

Après ce genre de diner, on a roulé (dans tous les sens du mot) jusqu’à Graisse-Land.
Pour s’y rendre, de la Bael street on traverse tantôt un parc industriel, tantôt un «hood» mal famé, un quartier quelconque, une banlieue cossue, un boulevard (genre Taschereau à Brossard), un Wal Mart, évidemment, et PAF! Graceland. La deuxième portion du nom est importante parce que c’est dans un gros stationnement qu’on nous accueille à coup de 10 piasses. Ce n’est qu’un apéritif pour notre porte-feuille qui va se faire délester de 50$ de plus…chacun. Donc, pour les plus lents, 110$ pour deux. Mais ce magot nous ouvre les portes grillagées de la maison du King. On nous remet un iPad, qui date du temps ou Steve Jobs était en vie et des écouteurs, du temps ou Elvis était top shape. Une visite virtuelle dans la langue de notre choix allait optimiser notre pèlerinage. En me rappelant une phrase d’un film d’Elvis Gratton, j’ai choisi comme langue le mandarin. Un chinois tabarnak! Ben non, je niaise.

Graceland

Le sentiment qui m’habite tout au long du «tour» de Graceland est un peu à l’image de ce que je pense de la carrière d’Elvis. Génial à plusieurs égards: ses débuts, le come-back de 68.

Mais y a aussi le côté quétaine avec quelques ratées: ses films bonbons, les dernières années à Vegas avec des «suits» inspirés du Capitaine Cosmos des Satélipopettes.Memphis

Les bons coups: J’adore son salon. J’aurais payé pour prendre un Martini avec lui, assis là à jaser en regardant la télé.Memphis

J’aurais ajouté du cash pour l’imiter et me lever, un peu blasté sur les amphétamines, pour tirer du gun dans sa RCA Victor noire et blanc. Ça restera à jamais un fantasme, j’imagine.

Memphis Des paons en vitraux, des rideaux jaunes, de l’or, du clinquant pour palier aux teintes de brun et vert forêt de sa cuisine et son autre salon d’inspiration hawaïenne. La salle de télé au sous-sol est digne des films de science-fiction de 1965. Trois «tivis» côte à côte encastrée et chaines Hi-Fi????

Memphis

Et que dire de sa salle de pool! Un mélange des genres qui fit décoller la rétine de quelques têtes blanches qui me précédaient.  Ça assez l’air d’une place de party. Elvis a dû « s’empocher » souvent ici!

Memphis

La salle des trophées est plus qu’impressionnante. C’est là ou tu te sens le plus petit avec ton unique trophée de hockey, catégorie bantam C.

Memphis

Les disques d’or, les statuettes, les plaques de toutes sortes se font la compétition dans ce temple réservé à un gars qui n’a jamais fait de tournée mondiale… quand même!

Memphis

Prochain pavillon : La collection de voitures du King. Mais ça, c’est mon prochain article. À tantôt.

Le roi est mort, vive le roi!

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